Personne n'est leader : ce que les IA citent vraiment quand on leur demande une agence
FS
Franck Sauvage
||10 min de lecture
L'essentiel
Sur 409 réponses aux questions du type « quelle agence IA pour ma PME », aucun acteur n'apparaît dans plus de 22 % des réponses. Treize se tiennent entre 10 et 22 %. Il n'existe pas de leader établi dans l'œil des moteurs génératifs, seulement un peloton serré et une très longue traîne.
Posez deux fois la même question au même moteur : le recouvrement moyen des sources citées n'est que de 0,58, et tombe à 0,48 sur les questions de découverte. La moitié des sources change d'une fois sur l'autre. À titre de contrôle, les questions de marque, elles, sont stables à 0,77.
82 % des 1 494 domaines relevés ne sont cités que par un seul des quatre moteurs. Il n'existe pas un web des IA, mais quatre univers de sources qui se recoupent à peine. Et trois moteurs sur quatre ne citent aucune source dans plus de 85 % de leurs réponses.
Depuis deux ans, une phrase revient dans toutes les conversations sur la visibilité en ligne : il faut désormais être cité par les IA. La formule est juste, mais elle sous-entend quelque chose qui, lui, n’a jamais été vérifié : qu’il existerait des positions à prendre, un classement à gravir, des leaders à déloger.
Nous avons voulu regarder. Pas en interrogeant ChatGPT trois fois pour en tirer une opinion, mais en analysant 6 253 réponses de quatre moteurs génératifs à 94 questions que se posent réellement des dirigeants de PME françaises, avec les 1 494 sources qu’ils ont citées.
Le résultat principal n’est pas celui que nous attendions. Il n’y a pas de classement à gravir, parce qu’il n’y a pas de classement.
Le peloton sans tête
Commençons par la question qui intéresse tout le monde dans notre métier : quand un dirigeant demande à une IA quelle agence pourrait l’aider, qui lui répond-elle ?
Sur les 409 réponses que notre corpus contient pour ce type de question, voici la fréquence d’apparition des acteurs les plus cités :
Rang
Acteur
Présent dans
1
un prestataire IA
22,2 % des réponses
2
un annuaire de prestataires
18,8 %
3
un prestataire IA
17,8 %
4
une plateforme vidéo
17,6 %
5
un organisme de formation
14,7 %
10
un prestataire IA
11,0 %
Un seul acteur dépasse la barre des 20 %. Autrement dit, le mieux placé du marché est absent de près de quatre réponses sur cinq. Treize acteurs se tiennent entre 10 et 22 %, et du premier au dixième l’écart n’est que du simple au double. Ce n’est pas un podium, c’est un peloton.
Derrière ce peloton, la traîne est vertigineuse : 361 domaines distincts ont été recommandés au fil de ces 409 réponses, soit davantage de sources différentes que de réponses. Et 32 % de ces domaines n’apparaissent qu’une seule fois sur l’ensemble du corpus. Une seule.
Nous avons volontairement retiré notre propre site de ces classements. Nos questions de test incluent des requêtes qui nomment L’Agence Sauvage, ce qui gonfle mécaniquement notre présence et n’apprendrait rien à personne. Les agences concurrentes, elles, sont comptées mais pas nommées : nous ne faisons pas de classement de nos confrères.
La preuve par l’instabilité
Un peloton serré pourrait n’être qu’un instantané. Le vrai test est ailleurs : si un acteur dominait réellement, il reviendrait à chaque interrogation. Nous avons donc mesuré autre chose, et c’est le résultat le plus net de cette étude.
Nous avons posé la même question, au même moteur, plusieurs fois de suite, puis comparé les sources citées d’une fois sur l’autre. Un score de 1,00 signifierait des sources identiques à chaque appel, un score de 0,00 aucune source commune.
Moteur
Recouvrement entre deux réponses
Grok
0,34
ChatGPT
0,44
Perplexity
0,63
Claude
0,63
Ensemble
0,58
Sur les questions de découverte pure, celles qui ne nomment aucune marque, le recouvrement descend à 0,48. En clair : reposez la question, la moitié des sources change.
Ce chiffre n’a de sens que comparé à un point de contrôle, et nous en avons un. Sur les questions qui nomment explicitement une marque, le recouvrement remonte à 0,77. La mesure est donc fiable : quand une réponse dispose d’une ancre solide, elle est stable. Quand un dirigeant demande simplement « quelle agence IA pour ma PME », elle n’en a aucune.
Une seconde preuve est arrivée sans que nous la cherchions. Nous avons relancé les sept questions les plus concurrentielles le 21 août 2026, deux mois après la collecte principale, pour vérifier la fraîcheur des données. Le classement s’était reconstruit. Un acteur qui figurait en onzième position dans le corpus principal apparaissait désormais en tête, dans 44,7 % des réponses. Deux mois ont suffi.
Quatre webs qui ne se parlent pas
Reste une question de fond : les quatre moteurs lisent-ils au moins le même web ?
Non. Et l’écart est spectaculaire. Sur les 1 494 domaines relevés dans le corpus principal, 81,9 % ne sont cités que par un seul moteur. Seuls 1,5 % sont cités par quatre.
Le corpus de contrôle d’août est encore plus tranchant. Sur les 101 domaines apparus, 76 ne sont vus que par un seul moteur, et deux seulement sont cités par les quatre. Ces deux-là ne sont ni des agences ni des marques : ce sont un annuaire de prestataires et un site de l’État.
À cela s’ajoute une différence de nature entre les moteurs, que peu de gens mesurent :
Moteur
Réponses citant au moins une source
Sources par réponse citante
Perplexity
99 %
9,0
ChatGPT
15 %
4,9
Grok
15 %
3,6
Claude
13 %
4,8
Plus de quatre réponses sur cinq de ChatGPT, Claude et Grok ne citent aucune source. Elles répondent de mémoire, à partir de ce que le modèle a intégré à l’entraînement. Quand le milieu parle d’optimiser pour être cité, il parle donc en réalité surtout de Perplexity. Sur les trois autres, l’enjeu n’est pas d’être une source citable au moment de la réponse : c’est d’être déjà dans le modèle.
Qui tient réellement le terrain
Si l’on regarde non plus les acteurs mais la nature des sources citées, le paysage devient beaucoup plus lisible. Voici la répartition, notre propre site exclu, en pondérant chaque moteur à parts égales pour que Perplexity et sa profusion de citations n’écrasent pas le calcul :
Nature de la source
Part des citations
Domaines
Prestataires (agences, freelances, cabinets)
83,6 %
1 420
Institutions publiques
4,1 %
24
Plateformes (vidéo, réseaux, forums)
3,2 %
7
Annuaires et places de marché
3,0 %
7
Organismes de formation
2,2 %
5
Éditeurs de logiciels
2,0 %
12
Médias
1,3 %
16
Encyclopédies
0,6 %
2
Les prestataires occupent 83,6 % du terrain, mais répartis sur 1 420 domaines, dont 1 193 pèsent moins de 0,1 % chacun. Le premier d’entre eux plafonne à 1,15 %. C’est une poussière, pas une industrie structurée.
En face, quelques sources isolées pèsent lourd. France Num, le programme de l’État pour la transformation numérique des entreprises, représente à lui seul 2,13 % des citations, soit près du double du premier prestataire privé. Les plateformes suivent : YouTube pèse 1,16 %, Reddit 0,94 %, LinkedIn 0,64 %. Cumulés, ces trois-là dépassent les deux premières agences réunies.
C’est probablement l’enseignement le plus actionnable de cette étude. Le réflexe, quand on veut être cité par les IA, consiste à retravailler ses pages. Nos données suggèrent autre chose : les sources qui tiennent le terrain ne sont pas les sites d’entreprise, ce sont les institutions, les annuaires et les plateformes. Un dirigeant qui veut exister dans ces réponses a probablement plus à gagner à figurer sur France Num et à publier une vidéo qu’à réécrire sa page d’accueil pour la douzième fois.
Ce que ça change pour vous
Trois conséquences pratiques, selon l’endroit où vous vous situez.
Si vous cherchez un prestataire, ne demandez pas à une IA de le choisir pour vous. Ce n’est pas une question de qualité des modèles, c’est structurel : la réponse changera à chaque fois et puisera dans un vivier de plusieurs centaines d’acteurs sans hiérarchie stable. Une recommandation générée n’est pas un classement, c’est un tirage. Les critères qui tiennent restent des réalisations vérifiables, un interlocuteur qui comprend votre métier, et un périmètre écrit.
Si vous voulez être cité, la nouvelle est excellente et contre-intuitive. Il n’y a pas de forteresse à prendre. Sur un marché où le mieux placé plafonne à 22 % et où le classement se recompose en deux mois, une entreprise inconnue peut entrer. C’est l’inverse exact de la première page de Google, où les positions sont tenues par des sites installés depuis des années. Le corollaire est qu’il faut viser plusieurs moteurs à la fois, puisque chacun a son propre univers de sources, et accepter que le travail porte autant sur les plateformes tierces que sur votre site.
Si vous investissez déjà dans le GEO, la question à poser à votre prestataire devient simple : sur quel moteur, et mesuré comment. Un discours global sur « les IA » ne veut rien dire quand 82 % des sources ne sont vues que par un seul d’entre eux, et quand trois moteurs sur quatre ne citent presque jamais.
Un dernier chiffre, parce qu’il est le plus utile de tous et qu’il ne se voit qu’en croisant les catégories de questions. Notre présence dans les réponses s’effondre à mesure que la question devient neutre :
Formulation de la question
Nous sommes cités dans
Question mentionnant une agence ou un service précis
11,9 % des réponses
Demande de liste d’agences
5,7 %
Question de découverte pure, sans aucun indice
0,4 %
Ce dégradé vaut pour tout le monde, pas seulement pour nous. Il signifie qu’une visibilité mesurée sur des questions confortables ne dit rien de la visibilité réelle. Si votre prestataire GEO vous montre de beaux scores, demandez-lui sur quelles formulations exactes ils ont été obtenus. Entre une question qui vous cite et une question qui ne vous cite pas, le rapport est ici de un à trente.
Nous appliquons cette méthode à nous-mêmes, et le résultat n’est pas flatteur : sur les sept questions les plus concurrentielles du corpus d’août, L’Agence Sauvage n’apparaît qu’une fois sur 56 réponses. C’est précisément pour cela que nous avons construit l’outil qui a produit cette étude, et que nous préférons publier le chiffre plutôt que de le taire. Le sujet de la visibilité dans les moteurs génératifs se mesure ou ne se pilote pas, et la méthode que nous appliquons sur nous-mêmes part de là.
Méthode et limites
Les données proviennent du GEO Citation Tracker, un outil que nous avons développé et que nous exploitons en interne. Il interroge automatiquement plusieurs moteurs génératifs sur un jeu de questions fixe, plusieurs fois par question, et enregistre les réponses ainsi que les sources citées.
Corpus principal : 6 253 réponses exploitables, collectées entre février et juin 2026, sur 94 questions réparties par catégorie (marque, découverte, comparaison, thématiques métier). Corpus de contrôle : 56 réponses collectées le 21 août 2026 sur les sept questions de découverte les plus concurrentielles, avec les quatre moteurs.
Quatre limites doivent être posées clairement.
Google Gemini est absent. Il a bien été interrogé, mais ses 967 citations transitent par un proxy de redirection dont l’adresse réelle n’est pas récupérable sans suivre chaque lien un par un. Publier un classement en l’ignorant serait malhonnête, l’exclure est plus propre.
Le corpus de contrôle est petit. Cinquante-six réponses, c’est assez pour constater qu’un classement s’est recomposé, pas pour établir un nouveau classement. Les pourcentages publiés en tête d’article proviennent tous du corpus principal.
Le périmètre est un vertical précis, celui des prestataires IA pour PME en France. Le mécanisme observé ne dépend probablement pas du secteur, mais nous ne l’avons pas vérifié ailleurs.
Les moteurs évoluent. Ces chiffres décrivent une photographie prise entre février et août 2026. La démonstration de cette étude est d’ailleurs que cette photographie bouge vite, ce qui est une raison de plus de dater toute affirmation sur le sujet.
Cette étude porte sur notre marché. La même mesure appliquée au vôtre donnerait d’autres noms, d’autres sources, et probablement les mêmes enseignements : un peloton sans tête, et une place à prendre. Si vous voulez savoir qui les moteurs citent dans votre secteur, réservons 30 minutes et nous le mesurons ensemble sur vos questions à vous.
Données primaires : corpus interne GEO Citation Tracker, audits 1 à 31, février à août 2026.
Questions fréquentes
Nous exploitons notre propre outil de suivi, le GEO Citation Tracker, qui interroge automatiquement plusieurs moteurs génératifs sur un jeu de questions fixe et enregistre les réponses ainsi que les sources citées. Le corpus principal compte 6 253 réponses collectées entre février et juin 2026 sur 94 questions, auxquelles s'ajoute un corpus de contrôle de 56 réponses collectées le 21 août 2026 sur les sept questions les plus concurrentielles. Les quatre moteurs exploitables sont ChatGPT, Claude, Grok et Perplexity.
Gemini a bien été interrogé, mais ses citations transitent toutes par un proxy de redirection de Google, vertexaisearch.cloud.google.com, dont l'adresse réelle n'est pas récupérable sans suivre chaque redirection une par une. Les 967 citations concernées sont donc inexploitables pour une analyse de sources. Nous préférons le dire plutôt que de publier un classement bancal. Gemini reste mesurable pour la mention d'une marque, pas pour la citation d'un domaine.
Justement pas en demandant à une IA. Nos données montrent qu'elle vous donnera une réponse différente à chaque fois, et qu'elle puisera dans un vivier de plusieurs centaines d'acteurs sans hiérarchie stable. Les critères qui tiennent restent classiques : des réalisations vérifiables et chiffrées, un interlocuteur qui comprend votre métier, un périmètre écrit, et un premier échange gratuit pour juger sur pièces.
Nos données donnent trois directions. Les institutions publiques pèsent lourd, France Num à lui seul représente deux fois la première agence : y figurer compte. Les plateformes comptent aussi, YouTube, Reddit et LinkedIn cumulés dépassent les deux premiers prestataires réunis. Enfin, chaque moteur ayant son propre univers de sources, être présent sur un seul d'entre eux ne suffit jamais. C'est un travail de présence répartie, pas d'optimisation de page.
Nous ne pouvons l'affirmer, l'étude porte sur un vertical précis, celui des prestataires IA pour PME en France. Le mécanisme observé, en revanche, ne dépend pas du secteur : il tient à la façon dont les moteurs échantillonnent leurs sources. Il est raisonnable de penser que tout marché fragmenté, sans marques dominantes installées, produira le même type d'instabilité. Un marché concentré autour de trois acteurs connus donnerait très probablement des réponses beaucoup plus stables.
Rédigé par
Franck Sauvage
Fondateur L'Agence Sauvage, spécialiste déploiement IA pour PME françaises, auteur du GEO Citation Tracker